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Alix Bugat / @aquabubz
Born in 1997 and a graduate of the Beaux-Arts de Nantes in 2023, I live and work in Brussels. My practice unfolds at the intersection of sculpture, digital media, and installation, exploring unstable zones between the organic and the artificial, the sacred and the technological, the living and the abject. I work with waste materials, dust, urban debris, and found objects that I grind and recompose into a dense “paste,” a hybrid substance charged with invisible histories. This material, often combined with 3D-printed structures or digital fragments, becomes the basis for sculptures oscillating between relics, prostheses, talismans, and ruins.
At the core of my work lies a fascination with the abject, not in a spectacular sense but as theorized by Julia Kristeva: that which threatens boundaries, destabilizes categories, and resists assimilation. The abject disturbs our sense of identity and lingers on the threshold between interior and exterior, purity and decay, life and death. My sculptures embody this ambiguity, manifesting as contaminated, porous, and haunted forms — entities in a liminal state, as if they had survived a catastrophe or emanated from a forgotten ritual.
The ritual dimension of my practice is essential. By collecting fragments from the street, grinding and amalgamating waste into compact forms, I perform a kind of urban alchemy. Each fragment becomes a receptacle, a carrier of layered memories and invisible presences. My installations often resemble sanctuaries, ruins, or necropolises, where these forms appear as relics of another order of reality. I draw on the writings of anthropologist Grégory Delaplace — notably Les intelligences particulières and La voix des fantômes — which resonate with my view of objects as mediators of presences beyond language.
Alongside this material practice, I develop a digital body of work based on 3D modeling, scanning, and algorithmic deformation. I approach the digital not as an abstract or immaterial realm, but as another sedimentary layer — a haunted ground from which to extract images and forms. The screen, for me, is a threshold where apparitions emerge: unstable geometries, spectral architectures, ghostly entities that I later transpose into physical matter. These digital experiments extend my reflection on memory, absence, and contamination, opening a space where code itself becomes a ritual substance.
My aesthetic draws from post-apocalyptic science fiction, gothic and industrial imaginaries, biopunk mutations, and speculative archaeology. I oscillate between ruins and temples, between mechanical remnants and fossilized bones, between technological waste and sacred architectures. Rather than constructing narratives, I seek to build atmospheres — immersive environments where sound, light, and matter converge to create a state of suspension, a fragile moment of contemplation in the face of dissolution.
Ultimately, my work can be read as a form of speculative archaeology, an exploration of futures inscribed in debris and of the ghosts that persist within matter. I strive to create forms that resist stable identification, that evoke both disturbance and fascination, and that act as thresholds between the visible and the invisible. My practice is less about producing objects than about opening zones of resonance — where the abject becomes fertile, waste becomes ritual, and the digital and the material fuse into new, unstable forms of memory.
Née en 1997 et diplômée des Beaux-Arts de Nantes en 2023, je vis et travaille à Bruxelles. Ma pratique se déploie à la croisée de la sculpture, du numérique et de l’installation, où j’explore les zones instables entre l’organique et l’artificiel, le sacré et le technologique, le vivant et l’abject. Je travaille à partir de rebuts, de poussières, de déchets urbains et d’objets trouvés que je broie et recompose en une “pâte” dense, une substance hybride chargée d’histoires invisibles. Cette matière, que je combine souvent avec des structures imprimées en 3D ou des fragments numériques, devient le socle de sculptures oscillant entre reliques, prothèses, talismans et ruines.
Au cœur de mon travail se trouve une fascination pour l’abject, non dans une dimension spectaculaire mais tel que l’a théorisé Julia Kristeva : ce qui menace les frontières, déstabilise les catégories, résiste à l’assimilation. L’abject est ce qui perturbe notre sentiment d’identité, ce qui subsiste sur le seuil entre intérieur et extérieur, pureté et décomposition, vie et mort. Mes sculptures incarnent cette logique d’ambiguïté, proposant des formes contaminées, poreuses, hantées. Elles ne sont pas de simples objets, mais des entités en état liminaire, comme si elles avaient survécu à une catastrophe ou émané d’un rituel oublié.
La dimension rituelle de ma pratique est centrale. En collectant des fragments dans la rue, en broyant et en amalgamant des déchets en formes compactes, j’effectue une sorte d’alchimie urbaine. Chaque fragment devient un réceptacle, porteur de strates de mémoire et de présences invisibles. Mes installations rappellent souvent des sanctuaires, des ruines ou des nécropoles où ces formes se présentent comme les reliques d’un autre ordre de réalité. Je m’appuie ici sur les travaux de l’anthropologue Grégory Delaplace, notamment Les intelligences particulières et La voix des fantômes, qui résonnent avec ma manière d’envisager les objets comme médiateurs de présences au-delà du langage.
Parallèlement à ce travail matériel, je développe une pratique numérique fondée sur la modélisation 3D, le scan et les déformations algorithmiques. Je considère le numérique non comme un champ abstrait ou immatériel, mais comme une autre strate de sédimentation, un sol hanté d’où extraire images et formes. L’écran, pour moi, est un seuil où surgissent des apparitions : géométries instables, architectures spectrales, entités fantomatiques que je transpose ensuite dans la matière. Ces expérimentations prolongent ma réflexion sur la mémoire, l’absence et la contamination, en ouvrant un espace où le code devient à son tour une substance rituelle.
Mon esthétique se nourrit de la science-fiction post-apocalyptique, des imaginaires gothiques et industriels, des mutations biopunk et d’une archéologie spéculative. J’oscille entre ruines et temples, entre vestiges mécaniques et os fossilisés, entre déchets technologiques et architectures sacrées. Je cherche à construire non pas des récits, mais des atmosphères : des environnements immersifs où le son, la lumière et la matière convergent pour créer un état de suspension, un moment fragile de recueillement face à la dissolution.
En définitive, mon travail peut se lire comme une archéologie spéculative, une exploration des futurs inscrits dans les rebuts et des fantômes qui persistent dans les matières. Je cherche à créer des formes qui résistent à toute identification stable, qui provoquent le trouble ou la fascination, qui agissent comme des seuils entre visible et invisible. Ma pratique n’est pas tant une production d’objets qu’une ouverture de zones de résonance, où l’abject devient fertile, où le déchet se fait rituel, et où le numérique et le matériel fusionnent en de nouvelles formes instables de mémoire.